La plateforme vidéo de Google est devenue le leader du streaming musical, loin devant Spotify et Deezer. Pourtant, elle rémunère beaucoup moins bien les artistes et labels. Retour sur une première moitié d’année plus tendue que jamais entre YouTube et l’industrie du disque.

  • 22 mars 2016 : La Recording Industry Association of America (RIAA), l’alliance des principales maisons de disques, dévoile une étude qui met le feu aux poudres. Selon elle, la vente de vinyles rapporte plus aux artistes que ce que paie YouTube. Même si le vinyle est redevenu tendance, ce constat alarme les professionnels du secteur. Surtout lorsqu’il est mis en perspective avec un autre chiffre de l’étude selon lequel le streaming a explosé en 2015. Dans le même temps, les royalties versées aux ayants droit n’ont pas suivi la même progression. C’est le début d’une nouvelle bataille dans la longue guerre entre YouTube et le monde de la musique.
  • 28 avril 2016 : Face aux critiques, Christophe Muller, en charge des partenariats musicaux de la plateforme vidéo, publie un billet d’humeur sur le blog YouTube Creator. Il se défend en invoquant le fait qu’aucune autre plateforme ne génère autant de revenus pour les artistes, et que ceux-ci sont rémunérés grâce aux vidéos postées par les autres utilisateurs. Il donne l’exemple d’une vidéo virale avec en fond sonore la chanson « Sound of Silence » de Simon and Garfunkel. Grâce à cette vidéo, la chanson a été propulsée en quelques jours au sommet des charts américains. Concernant les violations de copyright, il se justifie en avançant que tout gérer est impossible compte tenu du nombre de vidéos postées chaque jour. Enfin, pour la comparaison avec Spotify, il utilise là encore la métaphore : « Un abonnement qui coûte 10 $ par mois ne peut pas être comparé avec un service de streaming qui ne vit que de la publicité. C’est comme mettre en parallèle ce que gagne un taxi en travaillant avec ce que lui rapporte la publicité sur son taxi. » Il termine en faisant une analogie entre YouTube et les radios qui, elles, ne paient pas (aux États-Unis) de royalties et ne rapportent à l’industrie du disque « que » 35 milliards de dollars par an, soit deux fois moins que YouTube.
Selon l’étude de la RIAA, la valeur des plateformes de streaming financées par la publicité a explosé ces deux dernières années. Dans le même temps, les artistes sont moins bien rémunérés…
Selon l’étude de la RIAA, la valeur des plateformes de streaming financées par la publicité a explosé ces deux dernières années. Dans le même temps, les artistes sont moins bien rémunérés… RIAA
  • 9 mai 2016 : Quand on place un uppercut, il faut s’attendre à recevoir un direct… Et c’est Irving Azoff qui est monté sur le ring face à Christophe Muller avec une lettre ouverte pour Recode. Ce manager légendaire (des Eagles ou Van Halen, entre autres…) balance un premier scud : « Si votre système ne marche pas aussi bien que Spotify, c’est peut-être que ce business n’est pas bon ? » Une question rhétorique à laquelle il répond quelques lignes plus tard avec un cinglant « Vous avez construit une mécanique qui marche très bien pour vous et Google, mais qui ne fonctionne pas pour les artistes. » Il met aussi YouTube face à ses contradictions. En effet, la plateforme de vidéos est aussi productrice de séries originales… Et elle est beaucoup plus regardante concernant les droits d’auteur de celles-ci. Ce qui fait dire à Irving Azoff que « si la musique est si importante pour YouTube, pourquoi ne laissent-ils pas le même choix aux musiciens qu’à leurs acteurs ? Taylor Swift devrait pouvoir décider lesquelles de ses chansons sont disponibles gratuitement et surtout pouvoir supprimer toute trace d’elle sur YouTube si on ne lui laisse pas ce choix. » Parce que c’est bien ici que réside le nœud du problème… Quand un artiste demande un « take down », autrement dit une suppression pour cause d’atteinte aux droits d’auteurs, YouTube s’exécute mais le contrevenant peut re-poster à l’infini le même contenu. Les artistes demandent donc à YouTube de respecter leur choix d’être présent ou non sur la plateforme, et surtout de contrôler ceux qui postent du contenu leur appartenant contre leur gré. Une possibilité que YouTube n’envisage pas, invoquant l’obscur principe de « Safe harbor ».

Inclus dans le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) de 1998, le « Safe harbor », ou sphère de sécurité, permet aux hébergeurs comme YouTube de se dédouaner de toute responsabilité en cas d’infraction aux droits d’auteurs, à condition de supprimer tout contenu illicite s’il est signalé. Mais cela n’empêche pas la récidive et obligerait les détenteurs de copyrights à passer leur temps à rechercher les vidéos délictueuses. Sur un site où 400 heures de vidéos sont postées chaque jour, c’est quasiment mission impossible. La solution ne peut venir que de YouTube : changer les règles et trouver un accord avec les labels ou camper sur ses positions en prenant le risque de coûteuses et interminables poursuites judiciaires… Voire celui de voir l’industrie du disque sombrer.

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