Il serait impossible d’écrire une histoire de l’architecture du XXe siècle sans évoquer le Brésil. En ligne de mire, la figure héroïque d’Oscar Niemeyer et la ville de Brasília ont forgé la réputation d’un pays qui a fait du modernisme son identité culturelle.

L’architecture brésilienne, plus précisément celle qui est passée à la postérité, s’inscrit dans une histoire récente. Toute relative est donc la notion de patrimoine, qui, élaborée au siècle dernier, tourne essentiellement autour du modernisme et de la frénésie constructive qui anima le pays dès les ­années 30. Peut-être plus qu’un autre, le Brésil avait pressenti le pouvoir de l’architecture pour construire son identité culturelle. Une poignée de noms a suffi à forger sa réputation internationale en la matière, parmi lesquels Lucio Costa (1902-1998), Oscar ­Niemeyer (1907-2012), Lina Bo Bardi (1914‑1992) et Paulo Mendes da Rocha (1928).

Trop souvent oublié, Roberto Burle Marx (1909‑1994) reste un acteur incontournable de cette époque. L’œuvre de ce paysagiste majeur ­demeure une référence, au même titre que celle de ses confrères architectes. La naissance du modernisme au Brésil remonte au début de l’année 1922, à l’occasion de la Semaine d’art moderne de São Paulo. Artistes et intellectuels investissent le théâtre municipal de la ville. Jetant les bases de ce mouvement porteur d’un vent nouveau, l’événement amorce le début d’une effervescence qui, dans un premier temps, porte principalement sur les arts plastiques et sur la littérature.

Cent ans après l’indépendance du Brésil, c’est un moment clé qui marque une rupture dans l’histoire du pays. Né en réaction au style néocolonial qui sévissait à cette époque, le mouvement émerge dans un contexte intellectuellement propice, largement influencé par les figures avant-gardistes européennes telles que Walter Gropius, Ludwig Mies Van der Rohe et, surtout, Le Corbusier pour ce qui concerne l’architecture. En filigrane : l’affirmation d’une identité et la recherche d’un avenir. Principal chef de file, Lúcio Costa fut le premier à activer les conditions d’éclosion du modernisme dans son pays. Le ­ministère de l’Éducation et de la Santé construit à Rio de Janeiro est un acte fondateur du mouvement. Aux commandes : Lucio Costa, aidé de Le Corbusier.

Dans l’équipe : Oscar ­Niemeyer, encore inconnu. Achevé en 1943, l’édifice affirme clairement sa modernité et son caractère innovant avec ses brise-soleil qui habillent ses façades vitrées, ses pilotis qui libèrent le rez-de-chaussée et le recours aux azulejos. Véritable et incroyable ovni, il illustre une nouvelle façon de penser l’architecture, libérée des dogmes, même si le mouvement s’institutionnalise rapidement. Dans le même temps, Lúcio Costa et Oscar Niemeyer sont appelés à réaliser le pavillon du Brésil de l’Exposition universelle de New York de 1939, autre événement marquant. Ils se distinguent en convoquant la courbe et donnent à voir au monde un style singulier et novateur.

Les deux architectes construiront d’autres bâtiments emblématiques, comme le complexe de loisirs du lac de Pampulha, à Belo Horizonte, ou le Park Hotel de Nova Friburgo. Toujours en 1943, le MoMA organise l’exposition Brazil Builds, qui célèbre l’architecture brésilienne et son essor après la Seconde Guerre mondiale. Le catalogue fera d’ailleurs référence… L’événement dit beaucoup de la place qu’occupe le pays à ce moment et présage de son avenir. Bien entendu, le modernisme brésilien ne s’est pas exprimé uniquement par le biais de ses bâtiments, mais le retentissement et la pérennité furent moindres dans les autres disciplines.

Diaporama : Brésil, pays du modernisme

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