Peut-être parce qu’elle n’a que 56 ans, sans doute aussi parce qu’elle ne s’offre pas au premier venu comme d’autres villes brésiliennes, et sûrement parce qu’elle est victime de son succès, la capitale fédérale du Brésil suscite curiosité et fascination. Qu’on l’aime… ou pas. Ce patrimoine de l’humanité est une incontournable destination de voyage.

« Brasília est une ville mystérieuse, même pour ses habitants, mais une ville réussie, que je ne comprends pas toujours. En tout cas, je l’aime ! » José Luiz Nogueira travaille dans la capitale depuis une quinzaine d’années. Carioca, natif de Rio donc, ancien étudiant de São Paulo, il dirige l’une des agences de vidéo­production les plus en vue, très prisée par les responsables politiques. Et il s’amuse des appréciations des visiteurs, brésiliens ou étrangers, sur cette cité née de la volonté du président Juscelino Kubi­tschek, inaugurée en 1960 après 1 000 jours de chantier. L’astronaute soviétique Youri Gagarine n’y avait-il pas déclaré « j’ai l’impression de débarquer sur une planète différente » ?

Le tracé de Brasília, au départ une simple croix améliorée puis enrichie par son inventeur Lúcio Costa, est très géométrique. Son organisation, suivant les points cardinaux, donne une grande logique à la ville. « Sans doute une équation mathématique parfaite, s’interroge encore José Luiz Nogueira. Après tout, quelle loi impose des esquinas, des coins de rue, à une ville ? »

Pas de coins, pas de centre, pas de noms chantants aux adresses, formulées en chiffres et en lettres, pas de trottoirs, etc. : le chapelet de critiques est bien connu. Ce qui fait sourire les Brasilienses. Leur ville est unique et, à ce titre, inscrite depuis 1987 au Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Une reconnaissance internationale, pour laquelle on va à Brasília.

Les divers axes sont faciles à admirer du haut de la tour de télé­vision, ou reconstitués sous la Praça dos Três Poderes (place des Trois-Pouvoirs). « Les visiteurs se contentent de venir voir de leurs propres yeux la grande maquette d’un rêve un peu fou », constate Fernando Madeira. Cet architecte retraité comprend la sensation de froideur d’une ville futuriste, sectorisée entre commerces et résidences, loisirs et hôtels, ce qui ne favorise pas les rencontres spontanées. « Il faut être initié, explique-t-il encore, mais on se croise facilement à Brasília si on sait où aller ! »

Il y a beaucoup de lieux où sortir : l’historique bar Beirute, qui a vu grandir les Brasilienses, le restaurant Carpe Diem, la pâtisserie française Daniel Briand pour les brunchs dominicaux, le Café Brasília pour ses happy-hours, les bars de nuit du Pontão au bord du lac, où se retrouve la jeunesse dorée.

La pâtisserie française Daniel Briand, Brasília.
La pâtisserie française Daniel Briand, Brasília. Luiza Venturelli

D’autres endroits sont des rendez-vous plus entendus, reflets des traditions venues avec les acteurs de la construction de Brasília. Comme ces restaurants aux plats régionaux si typiques, Xique Xique, Mangai, Camarão, Feitiço Mineiro, Churrasco Gaúcho. « Brasília est une tour de Babel hospitalière, assure Jussara ­Pignataro, informaticienne originaire de Natal, qui a suivi son mari il y a dix ans. Sa grande diversité gastronomique se prolonge par une diversité culturelle. »

Culture populaire, avec les fêtes de la Saint-Jean, aussi gaies qu’à Salvador de Bahia ou à Recife ; culture ethnique, avec l’artisanat des Indiens du « proche » bassin Amazonien ; ou culture plus académique, comme au Centro Cultural Banco do Brasil (CCBB), qui reçoit les mêmes expositions que les CCBB de Rio ou de São Paulo.

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