Soixante-dix ans après sa reprise par Hans Wilsdorf, celle qui est devenue la petite sœur de Rolex a trouvé sa place dans la galaxie horlogère. Désormais productrice d’un calibre manufacture efficace, l’heure est au story‑telling et à la réédition de modèles iconiques, comme la Tudor Heritage Black Bay Bronze.

Si Hans Wilsdorf, génial inventeur de Rolex, brillait par ses nombreuses qualités, ce n’était sans doute pas par sa modestie. Tudor ! Il fallait oser quand même. D’accord, le « mérite » de la création de la marque ne lui revient pas et date de 1926 par une manufacture aux accents champenois, Veuve de Philippe Hüther. Mais Tudor, quoi ! La rose rouge couronnée. Henri VIII, Elisabeth Ire et Henri VII, premier monarque de cette dynastie qui impose, en 1485, une paix durable en soldant la guerre des Deux-Roses qui avait mis à feu et à sang les maisons royales d’York et de Lancastre… Autrement dit, la fin du Moyen Age anglais, période scabreuse et meurtrière dont la duchesse d’York, dans le ­Richard III, de ­Shakespeare, parle en ces mots : « J’ai vu plus de quatre-vingts ans de douleurs, et chaque heure de joie s’est toujours brisée sur une semaine d’angoisses ! » Le début de la ­Renaissance et d’une période de stabilité politique – nonobstant quelques complots et autres sordides histoires de divorces et d’assassinats que les amateurs de séries télévisées ont récemment pu apprécier – qui durera jusqu’en 1603.

Mieux qu’un cheval pour un royaume, Tudor pour une tocante, il fallait donc oser. Mais, apparemment, pas de quoi effrayer Hans Wilsdorf qui déclarait tranquillement en 1946 : « Depuis plusieurs années, j’ai étudié la possibilité de fabriquer une montre que nos concessionnaires puissent vendre à un prix plus bas que nos montres Rolex et qui soit digne de la même confiance traditionnelle. J’ai donc décidé de fonder une société à part, en vue de fabriquer et de vendre cette nouvelle montre. Cette société se nomme Montres Tudor SA. » Voilà. La Renaissance anglaise mise en boîtier avec trois aiguilles dessus. Et, en l’évolution d’un logo, tout l’art du marketing moderne : d’abord inféoder la rose à la couronne de Rolex et, en 1969, faire disparaître la rose au profit d’un bouclier. La poésie de ­Shakespeare troquée contre la robustesse moyenâgeuse de la ferraille.

La montre des conditions extrêmes
On l’aura compris, Hans Wilsdorf n’est pas là pour faire dans la dentelle. Qu’importe, le projet, simple et efficace, de garantir la qualité et la distribution d’une marque populaire par la réputation infaillible de Rolex fonctionne illico. Le marché de la montre-bracelet est en pleine expansion et Tudor se fait vite une place au soleil, jusqu’à s’affranchir totalement de la marque à la couronne. Comme à son habitude, Wilsdorf utilise la publicité avec génie et lance, entre 1947 et 1952, le modèle Oyster, puis la ligne Oyster Prince et enfin le modèle ­Advisor, qui incarnent cette alliance réussie entre précision, fiabilité, technicité, qualité de production et prix modéré. Les campagnes publicitaires en soulignent d’ailleurs la robustesse, montrant des hommes, Tudor au poignet, à l’œuvre dans des conditions extrêmes, comme la construction de routes ou l’exploitation de mines. Dans les années 50, sur la lancée du succès obtenu grâce à plusieurs expéditions arctiques, Tudor met au point une montre de plongée professionnelle, l’Oyster Prince Submariner, qui voit le jour en 1954, suivie de nombreuses variantes, dont les modèles équipés des fameuses Snowflakes, aiguilles et index carrés. Au catalogue jusqu’en 1999, ce chronographe demeure d’ailleurs l’un des modèles les plus emblématiques de la marque.

Héritage sous tutelle
Toute référence aux modèles Rolex (Oyster, Submariner, etc.) étant désormais prohibée, la marque-à-la-rose-devenue-bouclier développe, depuis sa relance en 2007, sa propre ligne Heritage, qui en reprend les plus beaux jalons sous trois collections, Black Bay, Advisor et Chrono Blue. C’est le cas de cette magnifique Black Bay Bronze, qui emprunte à ses illustres aïeules leur glace et leur cadran bombés, leur couronne de remontoir proéminente dite « Big Crown » et ces fameuses aiguilles angulaires surnommées « Snowflakes ». Nouveauté : un boîtier de 43 mm en bronze qui contient une variante plus large du mouvement manufacturé affichant les fonctions heures, minutes et secondes portant la référence MT5601. Calibre présenté par la marque en 2015 et certifié COSC (Contrôle officiel suisse des chronomètres), il est régulé par un oscillateur à inertie variable avec spiral en silicium, maintenu par un pont traversant, et offre une réserve de marche de 70 heures. Avec une telle tocante, la duchesse d’York aurait sans doute mieux profité de chaque heure de joie.

Tudor en dix dates

  • 1926 : enregistrement de la marque The Tudor par la maison Veuve, de Philippe Hüther.
  • 1946 : création, le 6 mars, à Genève, de la société Montres Tudor SA par Hans Wilsdorf.
  • 1947 : Tudor Oyster, étanche à 150 mètres.
  • 1952 : Tudor Oyster Prince.
  • 1957 : Tudor Advisor.
  • 1964‑1966 : production du modèle Tudor Prince Submariner pour la marine américaine.
  • 1971 : modèle Tudor Oysterdate dite « Monte-Carlo ».
  • 1998 : dernier chronographe historique, la Tudor Prince Date Chronograph.
  • 2007 : début du processus de relance de la marque Tudor au niveau international.
  • 2010 : lancement des modèles Tudor Heritage.

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