En plus d’être une destination touristique de luxe, l’île Maurice est une passerelle entre l’Asie et l’Afrique. Elle se projette maintenant comme un petit centre financier international pour cette région du monde.

Située à 2 000 kilomètres au sud-est du continent africain, la république de Maurice jouit d’une excellente réputation. Essentiellement liée à son offre touristique haut de gamme avec ses hôtels de luxe mondialement renommés. « Toutefois, Maurice est beaucoup plus qu’une destination touristique », insiste Ameenah Gurib-Fakim, première femme mauricienne à occuper la fonction de présidente de la République. Le textile et l’habillement, les technologies de l’information et de la communication, les services financiers, la recherche, l’innovation, les énergies renouvelables et l’industrie cannière sont des secteurs en pleine expansion dans l’île. Pas sûr que les 1,35 million de touristes (dont 90 000 Chinois) venus se dorer la pilule sur les plages de rêve mauriciennes en 2015 en aient conscience !
Voilà pourtant plusieurs années que la république de Maurice arrive en tête de tous les indices économiques et sociaux en Afrique. Depuis 2000, elle est en pole position du classement annuel de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG) réalisé par la fondation Mo Ibrahim. Disposant d’un produit intérieur brut de 9 710 dollars par habitant, selon le Fonds monétaire international (FMI), et d’une population de quelque 1,3 million d’habitants, elle figure parmi les pays les plus prospères du continent africain.
Colonie française de 1715 à 1810, puis sous le joug britannique jusqu’en 1968 – date à laquelle elle accède à l’indépendance –, composée de plusieurs îles – dont, notamment, Maurice (l’île principale), Rodrigues, Agalega et Saint-Brandon –, et revendiquant sa souveraineté sur l’archipel des Chagos, administré par la Grande-Bretagne, et l’île Tromelin, gérée par la France, Maurice se pose en république multiethnique, multiculturelle et multilinguistique. Lors de son accession à l’indépendance, le 12 mars 1968, l’économie mauricienne reposait entièrement sur la production sucrière. Le nouveau gouvernement postindépendance, sous le leadership du Premier ministre d’alors, Seewoosagur Ramgoolam, s’est engagé sur la voie de la diversification économique dans le cadre d’une économie mixte privé-public et une démocratie multipartite. Une stratégie gagnante qui a fait émerger de nouveaux piliers économiques. L’industrie sucrière est devenue, au fil des années, une industrie cannière produisant non seulement 400 000 tonnes de sucre, mais également près de 50 % des besoins du pays en énergie électrique. De l’éthanol est produit à des fins d’exportation, et des sucres spéciaux, élaborés localement, sont exportés vers l’Europe et les Etats-Unis, entre autres marchés à l’international. Maurice figure également parmi les plus gros producteurs mondiaux de textile et d’habillement pour les marchés européens et américains, avec des unités de production non seulement dans l’île, mais aussi en Inde, à Madagascar, au Bangladesh et au Sri Lanka.

Ebène, pôle technologique surnommé Cyber Cité, a vu le jour en 2001
Ebène, pôle technologique surnommé Cyber Cité, a vu le jour en 2001 Manoj Nawoor
La Cyber Tour, ou Ebène City Tower, à Ebène.
La Cyber Tour, ou Ebène City Tower, à Ebène. Manoj Nawoor

Une ambition économique affichée
Classée par la Banque mondiale comme un pays à revenus moyens-supérieurs, la république de Maurice ambitionne désormais de devenir un pays à haut revenu d’ici à 2020. Une ambition explicitée par le Premier ministre mauricien, Anerood Jugnauth, qui présentait sa vision pour Maurice à l’horizon 2030 lors de sa déclaration de politique générale sur l’économie, le 22 août dernier. Ce qui implique que le PIB par habitant passe de 9 710 dollars, actuellement, à au moins 14 125 dollars. A ce sujet, le secteur privé mauricien estime que le taux de croissance économique de 3,4 % enregistré en 2015 est trop bas. « Pour relancer l’économie, une croissance de 5 à 6 % est nécessaire », estime Raj Makoond, directeur de Business Mauritius, instance coordinatrice des institutions du secteur privé mauricien. C’est la raison pour laquelle des bases pour le développement de plusieurs autres piliers économiques sont jetées. Parmi ces nouveaux secteurs figure l’économie océanique. Maurice dispose d’une zone économique exclusive de 2,3 millions de kilomètres carrés, a rappelé récemment le ministre de l’Economie océanique mauricien, Prem Koonjoo. Ce secteur comprend non seulement l’industrie de la pêche et la mise en boîte de poissons, dont le thon, mais également la recherche et l’exploitation de ressources marines. Les autorités locales veulent profiter du positionnement stratégique de l’île pour faire de Port-Louis, la capitale, un centre de ravitaillement des navires en produits pétroliers. Le développement de l’éducation supérieure, pour les étudiants mauriciens et africains, et l’amélioration des services de santé, afin d’accueillir des patients issus des pays de la région, constituent d’autres secteurs en plein essor.
Plus important, le centre financier mauricien, opérationnel depuis une vingtaine d’années, continue de jouer un rôle significatif dans le paysage économique de Maurice. « Vue comme un secteur dynamique de notre économie, l’industrie de service financier a contribué en grande partie à la richesse nationale et au développement de notre économie », constate Yousouf Ismaël, directeur de Global Finance Mauritius, qui regroupe les sociétés engagées dans l’industrie des services financiers bancaires et non bancaires. Grâce à un traité de non‑double imposition avec l’Inde, le centre financier mauricien a, des années durant, été utilisé comme un centre de transit pour les investissements étrangers vers l’Inde. Maurice se place aujourd’hui comme une passerelle entre l’Asie – dont la Chine et l’Inde – et le continent africain. « Maurice se positionne comme une destination financière sécurisée et crédible dans la région africaine », insiste Yousouf Ismaël.

Anerood Jugnauth est l’actuel Premier ministre depuis décembre 2014
Anerood Jugnauth est l’actuel Premier ministre depuis décembre 2014 Manoj Nawoor
Yousouf Ismaël, directeur de Global Finance Mauritius
Yousouf Ismaël, directeur de Global Finance Mauritius Manoj Nawoor

Une porte d’accès financière en Afrique
Pour le directeur du Board of Investment, Gérard Sanspeur, il faut saisir les opportunités qui se présentent en Afrique. « Vu l’émergence d’opportunités qui se profilent en Afrique, plus précisément dans le secteur minier, les services bancaires, les télécommunications et l’agro-industrie, Maurice s’est déjà taillé une place de choix en tant que plate-forme naturelle reliant l’Asie à l’Afrique, commente-t-il. Il y a un intérêt croissant de la part des fonds internationaux à s’installer à Maurice en vue d’effectuer leurs investissements en Afrique. » Maurice mise sur son appartenance à l’Union africaine, à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et au Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) pour se présenter comme la porte d’accès en Afrique.
En visite à Maurice, début février 2016, le ministre chinois des Affaires étrangères a annoncé la volonté de son gouvernement d’utiliser Maurice comme une plate-forme financière pour les investissements chinois et de l’inclure dans la nouvelle route maritime de la soie lancée par le président Xi Jinping. La Banque de Chine s’apprête même à ouvrir une succursale dans l’île. « Maurice est le seul pays africain qui soit capable d’offrir un service financier aux opérateurs chinois qui veulent investir en Afrique », a alors affirmé Li Li, l’ambassadeur de la République populaire de Chine à Maurice. Le directeur du Board of Investment se dit confiant en l’avenir du centre financier mauricien. « L’avenir est très prometteur pour le centre financier mauricien. Nous avons passé le cap pour devenir un centre sophistiqué et dynamique dans le domaine des services financiers », fait-il remarquer. Pour le directeur du Stock Exchange of Mauritius (SEM), Sunil Benimadhu, la création par le gouvernement d’un ministère dédié aux services financiers est une démonstration claire de l’intention des décideurs politiques de transformer le pays en une économie à haute valeur ajoutée, orientée vers le secteur des services. Devenir, en somme, la clé de l’océan Indien et un tremplin pour les investissements étrangers en Afrique.

Le Premier ministre mauricien, Anerood Jugnauth, avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi
Le Premier ministre mauricien, Anerood Jugnauth, avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi Manoj Nawoor

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