Capitale du pouvoir politique, poumon économique concentrant 25 % du PIB russe et 80 % des flux financiers en Russie, Moscou est une ville très intéressante à découvrir. La mégapole est en pleine transformation. Ça bouge à Moscou, vous devriez aller voir !

Une Bourse qui peut rapporter gros
Pour séduire les investisseurs locaux et étrangers, l’opérateur de la Bourse de Moscou, MICEX-RTS, est lui-même entré sur le marché boursier, en février 2013, afin d’être coté sur sa propre plateforme, levant, au passage, près de 370 millions d’euros. Cela a été la plus grosse entrée en Bourse, en Russie, depuis 2007. Son ambition ? Que Moscou devienne une place financière internationale de premier ordre, notamment en incitant les grands groupes russes à se faire coter uniquement à Moscou, plutôt qu’à Londres, New York ou Hong Kong. En même temps, lors de sa campagne de séduction intitulée Destination Moscow Roadshow 2013, la ville a dragué des investisseurs étrangers de New York à Singapour, en passant par Francfort et Tokyo.

Le Belaya Ploshchad Business Center.
Le Belaya Ploshchad Business Center. Sergey Kozmin

Selon les sources officielles, Moscou attirerait déjà 25 % des investissements étrangers directs réalisés en Russie et serait une plate-forme clé pour 70% des 500 premières entreprises américaines du classement Fortune 500. En 2012, l’Allemagne et la France comptaient parmi les trois premiers investisseurs étrangers dans la capitale, aux côtés des Etats-Unis. « Le ticket d’entrée est cher, mais on peut s’attendre à gagner beaucoup lorsqu’on investit en Russie, souligne Pavel Chinsky, directeur de la chambre de commerce et d’industrie franco-russe. Aujourd’hui, le retour sur investissement est plus fort qu’en Chine. C’est en quelque sorte la logique de la roulette du casino, toute proportion gardée, bien sûr. Plus on risque et plus on gagne. » Tant que ce n’est pas la roulette russe… Car si la situation politique reste stable, avec un Vladimir Poutine qui étouffe toute controverse et muselle l’opposition, la Russie n’est pas à l’abri d’un dévissage du rouble – qui a déjà considérablement baissé en 2013.

A votre « santé » !

Igor Dementiev, directeur de la Moscow Brewing Company.

Après la vodka, la bière subit elle aussi les mesures draconiennes du gouvernement pour la santé publique. Les taxes sur la bière se sont envolées de 3 à 18 roubles par litre entre 2009 et 2014 (soit 6 à 40 centimes d’euro, fin 2013). La publicité pour l’alcool est interdite dans la presse et sur Internet et la vente est proscrite dans les stands de rue. Mais cela n’empêche pas les bières Zhiguli (« jigouli» ) et Khamovniki, made in Russia par la Moscow Brewing Company, de couler à flots. « A Moscou, notre part de marché est de 10,5 à 11%, alors que celle d’Heineken est de 9,5%, précise Igor Dementiev, son directeur. Nous visons les 20% d’ici à deux ans et sommes n° 5 en Russie, avec 3,3% de parts de marché. » Créée en 2008 aux portes de Moscou, cette brasserie ultramoderne emploie 1200 salariés, dont le salaire mensuel brut moyen est de 1 500 euros. C’est aussi le plus gros importateur de bière en Russie et un gros producteur sous licence (Duvel, Chimay, San Pellegrino, Perrier…). Amateur de mousse ? Visitez la brasserie ou testez les bières au bar rétro kitsch Zhiguli, qui existe depuis 1969, dans la fameuse rue piétonne Arbat.

Autre indice du dynamisme de la ville : l’immobilier. Les grues continuent de façonner le paysage. A côté des horreurs architecturales érigées à la va-vite, de belles surprises fleurissent ici et là. Ainsi, le promoteur Vesna Development rénove d’anciens bâtiments tout en leur conservant leur âme. Avec un investissement de 70 millions de dollars, il a redonné vie à l’immeuble Recca, à Prechistenka, 13 – des membres de la famille du joaillier Fabergé y habitaient avant la révolution et Mikhaïl Boulgakov s’en serait inspiré pour son roman Le Maître et Marguerite. Autour des somptueuses parties communes, les plateaux, de plus de 270 m2, sont livrés bruts et vendus entre 30 000 et 35 000 dollars (entre 23 000 et 25 800 euros) le mètre carré. Vous avez dit cher ? Absolument, mais le luxe, dit-on, n’a pas de prix, et Moscou reste l’une des villes les plus onéreuses du monde, après Tokyo et Luanda.

Les quais Yakimanskaïa.
Les quais Yakimanskaïa. Bérénice Debras

Côté hôtellerie, tout reste à faire. Mikhaïl Pelikh, chez Jones Lang LaSalle Hotels, avance le chiffre de 33 000 chambres – contre 120 000 à Londres. « On prévoit la création de 4 500 chambres de marque d’ici à trois ans, souligne-t-il. Le taux d’occupation moyen en 2012 était de 67%, mais certains hôtels affichent 80%. Les clients corporate dominent le marché, ce qui se traduit par un faible taux d’occupation le weekend. »

Résidence de luxe Aliye Parusa.
Résidence de luxe Aliye Parusa. Sergey Kozmin

Parmi les prochaines ouvertures, il faut compter sur le Fairmont et le Four Seasons, qui doit ouvrir cette année dans l’ancien hôtel Moskva, inauguré en 1935 et rasé en 2003, pour être reconstruit, presque à l’identique, dans une version modernisée. Pavel Nikolaev, président des Clés d’or (union internationale des concierges d’hôtels) en Russie, ajoute : « Moscou est avant tout une destination pour faire du business, mais le tourisme y a augmenté de 30% l’année dernière. L’image que les étrangers se font de la Russie est en train de changer. » En fait, ici, on a l’impression qu’on peut tout faire. C’est certainement l’une des destinations les plus intéressantes du moment.

Coup de balai au Bolchoï

Le théâtre du Bolchoï, rouvert en 2011 après six années de restauration.

Rouvert en grande pompe en 2011, le théâtre Bolchoï (@BolshoiOfficial) ne cesse de faire la une des journaux. Il aura fallu six ans pour rénover ce monument historique du XIXe siècle pour un budget colossal de 622 M €. Cette somme traduit, à elle seule, aussi bien la folie des grandeurs que les détournements de fonds de ce chantier hors du commun qui aura nécessité la suspension de la ligne de métro voisine ! L’aigle à deux têtes remplace désormais le marteau et la faucille et la superficie des lieux a doublé pour atteindre 80 000 m2. En janvier 2013, son directeur artistique, Sergueï Filine, a subi, en pleine rue, une agression à l’acide dont le commanditaire présumé serait Pavel Dmititchenko, l’un des danseurs solistes du Bolchoï. Le procès étant en cours, l’argent, l’amour et la haine dévoileront peut-être le coeur de l’affaire. Dernier soubresaut dans les coulisses : une danseuse américaine, qui a quitté le Bolchoï depuis, accuse la direction d’avoir voulu lui extorquer 10 000 dollars contre un rôle de soliste ! B. D
www.bolshoi.ru

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